samedi 17 février 2018

Une dissertation qui vaut le détour...

Dans le cadre de leur cours de français, pour la troisième dissertation, il était demandé aux rhétoriciens (6TT) de réfléchir au titre suivant:
Peut-on apprécier une peinture sans avoir reçu une explication technique ou historique concernant cette œuvre?
Sujet pas forcément évident, et qui les amenait à s’interroger au sujet des critères d’appréciation de la peinture, en particulier, mais aussi de l’art, de façon plus générale.
Parmi plusieurs écrits très pertinents, le texte ci-dessous atteint son objectif de façon efficace.

Bravo Alexandre ! (6° Technique de Transition Construction)

L’art est une partie intégrante de notre monde. Il est présent en tout temps et se trouve sous de nombreuses formes. La sculpture, la peinture, la musique, l’architecture, la littérature,… sont les principaux domaines dans lesquels s’exprime l’art. Chacun de ces domaines a aussi eu droit à ses évolutions techniques et esthétiques que ce soit indépendamment ou en lien avec les autres domaines.
Penchons-nous sur la peinture plus précisément. Elle a eu droit à plein de périodes, d’artistes célèbres et de nombreuses techniques se sont développées autour de cet art. Il faut aussi souligner que la plupart des œuvres ne sont pas faites par hasard et que souvent elles nous cachent plus qu’on ne pourrait le croire. Mais tout cela nous amène à penser que malgré le fait qu’on ne connaisse rien de l’œuvre, est-il tout de même possible de l’apprécier ? Mon objectif est de répondre à cette question en abordant les deux côtés de la pièce. Nous verrons d’abord les différentes manières d’apprécier la toile au premier coup d’œil pour ensuite déterminer ce en quoi les caractéristiques techniques et historiques de l’œuvre peuvent être indispensables pour aimer un tableau.
Pour commencer, nous nous mettrons dans la peau d’un amateur. Imaginons que nous rentrons dans une galerie regroupant toutes les peintures du monde. Qu’est-ce qui nous pousserait à apprécier telle ou telle œuvre au premier regard ?
D’abord, il faut savoir que chacun a sa propre vision du beau. Ainsi, la toile favorite de l’un sera peut-être la plus horrible pour l’autre. Nous avons pu le remarquer lors d’une petite « expérience » dans le cadre du cours de français. En effet, une série de peintures nous a été présentée et chacun des élèves devait déterminer celle qui lui parlait le plus. Comme on pouvait s’y attendre ce n’est pas une seule toile qui a été désignée à l’unanimité mais bien différents votes pour différentes œuvres. Personnellement, celle que j’ai préférée était Rivage dans le brouillard de Caspar Friedrich. Je trouve que son côté calme et brumeux nous laissant deviner un navire non loin de la rive la rend particulièrement agréable à regarder. Donc, pour apprécier une œuvre, il suffit qu’on la trouve belle. Pour citer Constantin Brancusi : « Ce qui a vraiment un sens dans l’art, c’est la joie. Vous n’avez pas besoin de comprendre. Ce que vous voyez vous rend heureux ? Tout est là. »

Ensuite, ce n’est pas obligatoirement l’esthétisme qui nous fait apprécier le tableau. Par exemple, le risque pris par l’auteur rend sa toile très particulière. Le risque peut prendre différentes formes mais, le plus souvent, c’est de briser les codes. Kasimir Malevitch est un parfait exemple avec sa célèbre peinture White on white. Cette toile est considérée comme le premier monochrome et nous montre tout simplement un carré blanc légèrement bleuté sur un fond blanc un peu ocre. L’audace de publier ce genre d’œuvre force le respect et cela nous fait apprécier l’œuvre.


Enfin, la peinture représente toutes sortes de formes, de paysages, de personnages, de situation,… Et toutes ces représentations nous évoquent des sentiments. Joie, tristesse, colère, dégoût, émerveillement, … Ces sentiments véhiculés nous toucheront plus ou moins et nous amèneront à apprécier. En effet, il est difficile de rester de marbre face à une toile qui nous met la larme à l’œil ou encore nous fait sourire de par la situation cocasse qui est peinte. Par exemple, Blessés de Otto Dix est une toile assez dérangeante et horrifique mais c’est justement cela qui nous marque et nous fait apprécier l’œuvre.

Pour la suite, nous nous incarnerons dans la peau d’un connaisseur, un habitué de cet univers pour déterminer ce en quoi se renseigner sur la toile nous permet de l’apprécier d’autant plus.
Premièrement, la technique et le procédé utilisés par l’artiste rendent la toile impressionnante en plus d’être esthétique. De ce fait, on aura tendance à apprécier encore plus la peinture si on connait la complexité de sa réalisation. On peut parler, par exemple, de Rembrandt et de sa technique du clair-obscur qui consiste à nuancer la lumière sur un fond sombre pour mettre en évidence des éléments du tableau. Sa célèbre peinture La ronde de nuit nous illustre bien ce procédé. Ainsi, cette technique met en avant les deux officiers Frans Banninck Cocq et Willem van Ruytenburgh et aussi une jeune fille allant à contre-courant à gauche du tableau.

De plus, pour pleinement apprécier un tableau il faut aussi la comprendre et pour cela il est indispensable d’avoir une explication sur l’origine et de l’objectif de la toile. Prenons Guernica, l’œuvre mondialement connue de Picasso. Au premier abord, ce n’est pas la peinture la plus esthétique qui soit. Mais si on prend le temps de se renseigner, elle devient tout de suite plus intéressante. En effet, le but du peintre était de mettre la lumière sur les bombardements allemands qui soutenaient le général Franco lors de la guerre civile en Espagne. Guernica est d’ailleurs le nom de la ville bombardée.

Par ailleurs, certaines toiles sont parfois tellement improbables qu’on a besoin d’une explication. Il sera donc nécessaire de se renseigner sur son auteur et ainsi connaitre le courant auquel il appartient afin de trouver une réponse. La durée poignardée de Magritte ou encore La tentation de saint Antoine de Dali nous poussent à ce questionnement. L’un représentant une locomotive traversant une cheminée, et l’autre, des animaux à longues pattes supportant une ville.



En conclusion, il n’est pas compliqué d’apprécier une œuvre sans explication technique mais ce ne serait que voir la partie émergée de l’iceberg. On apprécie encore davantage un tableau en creusant dans notre analyse. Connaitre tous les petits détails de ce dernier ou encore les différents procédés utilisés ou alors le message caché derrière la toile nous fait encore plus nous y intéresser et aimer la toile. La sensibilité de chacun rentre bien sûr en compte mais peut-on vraiment qualifier une toile de « moche » quand on connait tous le travail fourni et le détail mis dans la toile ?

Institut des Arts et Métiers

CEFA Sud-Luxembourg

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